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Les jouets genrĂ©s, bah ça a toujours existĂ© ? Et bien non, c’est avec l'essor des Trente Glorieuses, aprĂšs la Seconde guerre mondiale, que s'est dĂ©veloppĂ©e la diffĂ©renciation des jouets filles et garçons. Pourquoi ? Pour vendre deux fois plus: par exemple, un vĂ©lo, il sera disponible en rose et en bleu, incitant Ă  acheter deux fois le mĂȘme produit lorsque les enfants sont des deux genres. Et en plus, les magasins sont rĂ©guliĂšrement Ă©pinglĂ©s pour pratiquer des prix diffĂ©rents. Tout est bien expliquĂ© dans l’article d’AdĂ©quation et sur Slate Des actions Ă©mergent pour proposer des gammes mixtes proposant souvent des couleurs autres que le bleu et rose et avec reprĂ©sentation des deux genres en action. Et voilĂ  une belle initiative lyonnaise : l’EgaBox “garanti zĂ©ro stĂ©rĂ©otype” avec une version adulte et une version enfant. Il y aussi la collection de jeux de Topla. A vous de jouer !


Qu'on soit d'accord ou pas, c'est indéniable : Noël arrive. L'hiver est déjà bien installé, ça on l'avait remarqué, les commerçant.e.s ont déjà sorti les papillotes et les calendriers de l'Avent depuis un bon mois et les sapins se font [de plus en plus rares]https://www.facebook.com/groups/refeddlyon/permalink/2952428601442485/). C'est aussi l'occasion de relancer un débat bien de saison : les jouets genrés.

C'est une question abordĂ©e depuis dĂ©jĂ  quelques annĂ©es : un certain nombre d'enseignes ayant dĂ©jĂ  aboli les catĂ©gories "filles" et "garçons" de leurs catalogues. D'ailleurs, on trouve cette annĂ©e peu d'articles sur la question comparĂ© aux annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. La question semble donc rĂ©solue : on apprend mĂȘme au dĂ©tour d'un article de l'Express que la secrĂ©taire d'État au ministĂšre de l'Ă©conomie et des finances, madame AgnĂšs Pannier-Runacher, a signĂ© en septembre de cette annĂ©e « une "Charte pour une reprĂ©sentation mixte des jouets", avec les industriels, les distributeurs de jouets et des associations, pour faire reculer les stĂ©rĂ©otypes de genre dans l'univers des jouets ». Il semble donc que les industriels et le gouvernement prennent trĂšs au sĂ©rieux la question de la reprĂ©sentativitĂ© des sexes chez les plus jeunes et la non-binaritĂ© des jouets qui leur sont proposĂ©s. Vraiment ?

Il serait facile d'accuser les fabricant.e.s de jouets et les grandes marques de distribution d'hypocrisie, sous prĂ©texte que ce revirement arrive aprĂšs des annĂ©es passĂ©es Ă  montrer des petites filles jouer Ă  la poupĂ©e et des garçons au bricoleur. On pourrait Ă©galement les accuser d'opportunisme, puisque ce gain d'intĂ©rĂȘt soudain pour les questions de genres et d'Ă©galitĂ© des sexes pourrait apparaĂźtre comme un simple argument marketing, vide de tout engagement social et politique.

Pourtant, on ne se permettra pour rien au monde ces Ă©carts de pensĂ©es simplistes et nous nous contenterons d'un constat trĂšs simple : les catalogues de jouets pour enfants sont encore et toujours axĂ©s autour du genre de l'enfant. Il suffit de prendre quelques minutes pour feuilleter un catalogue de jouets (en ligne, pour Ă©viter d'en gaspiller un exemplaire papier) pour se rendre compte que ce sont toujours les filles qui apparaissent dans des chambres roses remplies de poupĂ©es et de licornes, et les garçons dans les pages bleues remplies de robots et d'ateliers de bricolage. On voit effectivement quelques pages oĂč filles et garçons jouaient ensemble Ă  la poupĂ©e ou Ă  l'Ă©cole, mais elles sont un exemple de plus de la mĂ©connaissance des industriels et des dĂ©cideur.se.s vis-Ă -vis des questions de genre. Toujours dans l'article de l'Express, le prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration Française des industries jouet/puĂ©riculture prĂ©sente les "actions concrĂštes" mises en place dans le cadre de la Charte pour une reprĂ©sentation mixte des jouets par les industriels pour dĂ©jouer les stĂ©rĂ©otypes de genre. La stratĂ©gie est d'Ă©viter "que les jouets ne soient pas trop 'excluants' en ajoutant des caractĂšres fĂ©minins aux jeux pour garçons". La notion mĂȘme de "caractĂšres fĂ©minins" montre bien que l'on reste dans une logique binaire qui participe Ă  faire perdurer un clivage entre les petites filles et les petits garçons. D’ailleurs, bien que la charte soit signĂ©e, elle n’engage les partis qu’à partir de mars 2020. SĂ»rement pour leur laisser le temps de s’informer sur le sujet.

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